mercredi, 16 septembre, 2026
'Le Sénégal et le FMI reprennent leur coopération. Un prêt de 2,2 milliards de dollars accordé à Dakar '' RFI
Plus de 40 000 Afghans tués en plus de 12 ans de conflit : rapport de l’ONU.
Népal ; le bilan des morts dépasse les 1 050.
CENTCOM : Les forces américaines ont mené avec succès des frappes contre des cibles militaires iraniennes.
Financial Times : La Russie a aidé Téhéran à construire des missiles de croisière hypersoniques avancés.
Les Gardiens de la révolution affirment avoir abattu un drone américain MQ-9 au-dessus du détroit d'Ormuz.
Les inondations de la Bhote Koshi laissent 668 touristes sans nouvelles.
Mohsen Rezaei : Le plan de la République islamique visant à tuer Trump et son fils est faux.
Un avion de chasse JAS 39 Gripen s'est écrasé près de Szolnok, en Hongrie.
Le chef de la République islamique, Massoud Pezzekian, a annoncé que les États-Unis et Israël utilisaient la division pour « créer la division » et cherchaient à « abuser de l'espace intérieur du pays ».
Wave et Orange Money ne sont pas des concurrents des banques. Ils sont devenus quelque chose de plus fondamental
Un lundi matin à Dakar. Devant l’agence d’une grande banque commerciale de l’Avenue Pompidou, une file d’attente s’étire sur le trottoir. Documents à préparer, formulaires à remplir, frais de tenue de compte, horaires stricts. Pour ouvrir un compte, il faut un justificatif de domicile, une pièce d’identité, parfois un garant. Pour beaucoup, c’est déjà un parcours du combattant.
À deux rues de là, un jeune commerçant règle ses fournisseurs, envoie de l’argent à sa famille à Ziguinchor et paie sa facture d’électricité. Depuis son téléphone. En moins de deux minutes. Sans compte bancaire. Sans frais de dossier. Sans rendez-vous.
C’est la même ville. C’est la même économie. Ce sont deux systèmes financiers qui coexistent — et l’un d’eux est en train de dépasser l’autre.
Le chiffre qui dit tout
Dans une région où la bancarisation stricte reste limitée à 25,2%, le développement de la monnaie électronique et des services financiers digitaux a permis de porter le taux d’inclusion financière à 73,6% en 2024, selon la BCEAO.
Lire ces deux chiffres côte à côte, c’est comprendre l’essentiel : la révolution financière en Afrique de l’Ouest ne vient pas des banques. Elle vient du mobile.
En une décennie, des millions de personnes qui n’avaient jamais eu de compte bancaire sont entrées dans le système financier — non pas par une agence, mais par un téléphone portable et un agent de quartier. Ce basculement silencieux est l’une des transformations économiques les plus profondes du continent.
Wave — La disruption par le prix
Wave a lancé ses activités au Sénégal en 2018, puis est entrée en Côte d’Ivoire en avril 2021, avec une mission claire : rendre les transferts d’argent numériques quasi gratuits, instantanés et accessibles à quiconque possède un smartphone.
Son modèle est radical dans sa simplicité. Les dépôts et retraits chez les agents sont gratuits. Les transferts via l’application sont facturés à un taux fixe de 1% — une fraction de ce que pratiquaient les concurrents. Pour des populations habituées à payer 5, 8, parfois 10% sur leurs transferts, c’est une rupture de prix sans précédent.
L’impact est immédiat et mesurable. Selon les équipes de Wave, 80% de ses utilisateurs déclarent une amélioration de leur qualité de vie, grâce à une réduction du stress financier et une capacité d’épargne accrue.
La dynamique de croissance suit. En juin 2025, Wave Mobile Money — présentée comme la plateforme de mobile money à la croissance la plus rapide en Afrique — a levé 117 millions d’euros pour accélérer son développement dans ses marchés actuels et futurs. La fintech opère aujourd’hui dans huit pays, principalement en Afrique de l’Ouest.
Orange Money — La puissance du réseau
Là où Wave a misé sur la disruption par le prix, Orange Money a construit son avantage sur une autre ressource : l’étendue de son réseau.
Avec plus de 40 millions de comptes dans dix-sept pays d’Afrique et du Moyen-Orient, Orange Money a facilité plus de 160 milliards d’euros de transactions en 2024. Ces chiffres donnent le vertige — et ils traduisent une réalité de terrain : des centaines de milliers d’agents, présents dans les quartiers urbains comme dans les villages les plus reculés, constituent une infrastructure financière de proximité que les banques traditionnelles n’ont jamais réussi à bâtir.
Le marché évolue de plus en plus vers le règlement de factures — eau, électricité, télécoms — mais également vers les paiements auprès des commerçants, y compris informels, dans les marchés. Ce glissement est fondamental : le mobile money ne sert plus seulement à envoyer de l’argent à sa famille — il devient l’infrastructure de paiement du quotidien, pour les particuliers comme pour les petits entrepreneurs.
L’exemple du Burkina Faso est particulièrement éloquent. En seulement une décennie, de 2014 à 2025, le taux d’inclusion financière au Burkina Faso est passé de 13 à plus de 80%, selon la BCEAO — une progression largement portée par Orange Money, qui compte aujourd’hui 13 millions d’utilisateurs et 100 000 points de vente dans le pays.
Ce que cette révolution change vraiment
Au-delà des chiffres, ce qui se joue ici est d’une portée considérable.
Pour les individus, l’accès au mobile money représente une première forme de sécurité financière. Pouvoir épargner, recevoir et envoyer de l’argent sans intermédiaire bancaire, payer ses factures sans se déplacer — pour des populations à faibles revenus, ce ne sont pas des convenances, ce sont des changements structurels dans la gestion du quotidien.
Pour les petits entrepreneurs, c’est l’accès à une traçabilité financière qui ouvre progressivement la porte au crédit. Plusieurs acteurs du mobile money développent des offres de micro-crédit basées sur l’historique des transactions — une bancarisation par la donnée qui contourne les critères classiques d’accès au prêt.
Pour les économies, le mobile money s’impose comme le principal outil d’inclusion financière en Afrique, avec des produits d’épargne, de crédit et d’assurance de plus en plus proposés, notamment dans les sous-régions où les taux de bancarisation restent faibles. La formalisation progressive d’une partie de l’économie informelle à travers le digital est un levier de croissance que les États commencent à comprendre — et à vouloir fiscaliser.
Les limites que personne ne doit ignorer
Cette révolution est réelle. Elle est aussi incomplète.
L’accès aux smartphones reste limité, notamment dans les communautés rurales. La littératie numérique et la prévention de la fraude demeurent des préoccupations constantes. Et l’interopérabilité — la capacité d’envoyer de l’argent entre différents réseaux ou au-delà des frontières — reste un obstacle structurel.
La question de la fiscalité se pose également avec acuité. Au Sénégal, 94% des individus de plus de 15 ans possédant un téléphone affirment détenir un compte auprès d’un opérateur de mobile money — un succès qui fait du secteur une cible naturelle pour des États en quête de recettes fiscales. La tension entre taxation et préservation de l’inclusion financière sera l’un des débats centraux des prochaines années.
Enfin, si Wave et Orange Money ont profondément transformé l’accès aux services financiers de base, ils n’ont pas encore résolu la question du financement de l’économie productive. Le micro-crédit progresse, mais le financement des PME, des projets d’infrastructure, de l’agriculture à grande échelle — ces besoins-là restent largement hors de portée du mobile money.
Conclusion — Une infrastructure pour l’avenir
Ce qui s’est construit en Afrique de l’Ouest en moins d’une décennie est remarquable : une infrastructure financière de masse, portée non pas par des institutions traditionnelles mais par des opérateurs mobiles et de la fintech, qui a inclus des dizaines de millions de personnes dans le système économique formel.
Wave et Orange Money ne sont pas des concurrents des banques. Ils sont devenus quelque chose de plus fondamental : le système nerveux financier d’une économie qui avance.
La vraie question n’est plus de savoir si le mobile money peut remplacer la banque traditionnelle en Afrique de l’Ouest. Elle est de savoir comment construire, sur cette infrastructure nouvelle, les services financiers de plus grande envergure dont le continent a besoin pour financer son développement.
La fondation est là. Le chantier continue.
*Arthur Hosseini est entrepreneur et business developer, fort de plus de dix ans d’expérience dans le développement d’activités et l’accompagnement de marques internationales en Afrique. Spécialiste des marchés émergents, il intervient notamment sur les stratégies d’implantation, la distribution, les partenariats et le développement commercial en Afrique de l’Ouest.
Autre source